Le Billet de la semaine du 11 aout 2008  Hommage à Soljenitsyne. L'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne est décédé dimanche 3 aout, à l’âge de 89 ans. L’espace de quelques instants, le monde entier s’extirpe de son train-train quotidien, entre crise de l’économie mondialisée et polémiques olympiques, pour regarder en arrière et saluer l’homme qui fit jaillir de son seul porte plume le sens jusqu’alors caché de la fameuse « Lueur à l’Est », sur laquelle chacun s’était trompé depuis 1917. Déporté à l’âge de 27 ans parce qu’il avait, dans une lettre envoyée depuis le front de Russie en 1945, qualifié Staline de « mauvais théoricien et de piètre stratège », Soljenitsyne passa 8 ans au Goulag, camp de concentration soviétique. Cette expérience du système concentrationnaire le conduisit à accoucher d’une œuvre immense, dont les principaux volumes (Une journée d’Ivan Denissovitch, L’Archipel du Goulag, Le pavillon des cancéreux) révélèrent au monde entier la véritable nature totalitaire et sanguinaire du communisme stalinien. Prix Nobel de littérature en 1970, Soljenitsyne fait partie de ceux, comme Voltaire ou Hugo en France, qui firent vaciller l’ordre politique autocratique, voire totalitaire, à la seule force de leur courage et de leur écriture. Nombreux sont celles et ceux qui considèrent aujourd’hui que Soljenitsyne a « battu les politiques », contribuant à modifier le cours de l’histoire en portant le message des hommes sans voix. S’il fit de la dénonciation du système soviétique l’un de ses chevaux de bataille, Soljenitsyne ne manqua pas non plus de fustiger notre monde occidental, qui avait selon lui troqué « l’humanisme pour le matérialisme. » Ce russophile traditionnaliste, partisan de la démocratie directe d’inspiration grecque, voyait dans nos sociétés prétendument modernes un système qui ne tient que par la seule force du droit, miné par « le déclin du courage », « la décadence culturelle », « la médiocrité morale », et « les ragots et bavardages de la presse. » Un véritable coup de tonnerre, qu’il nous appartient de méditer à l’heure ou disparait l’un des génies du XXème siècle. Bertrand Pancher
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